Sur la plage de Belo-sur-Mer, on croise des squelettes de bateaux en bois. Ce sont des goélettes en construction, assemblées à la main, membrure après membrure, par des familles de pêcheurs vezo. Ces voiliers sortent des chantiers de Belo depuis plus d’un siècle. Leur histoire commence pourtant loin d’ici, en Bretagne.
Une famille de charpentiers venue de La Réunion
Au milieu du XIXe siècle, sous le règne de Radama II (1861-1863), Madagascar s’ouvre au commerce avec l’étranger. C’est à cette époque qu’arrive la famille Joachim : le père, Enasse, et ses fils. Ce sont des Bretons installés à La Réunion, charpentiers de marine.
Peu après, le roi est assassiné et les étrangers ne sont plus les bienvenus. Les Joachim doivent partir. On retrouve deux des fils, Ludovic et Albert, à Tuléar en 1888. Après plusieurs années sur la côte ouest, ils s’installent en 1904 dans le Menabe : un chantier naval à Morondava et une école de charpentiers de marine à Belo-sur-Mer. Le choix de Belo s’explique notamment par la proximité de forêts riches en bois adaptés à la construction navale.
Les deux principaux récits que nous avons consultés, celui de RFI et celui de Nofy Be, concordent sur ces grandes étapes. Certains détails, comme les dates exactes ou les lieux de sépulture, varient selon les sources : nous ne les reprenons pas ici.
Des pêcheurs devenus charpentiers
Au départ, seuls quelques villageois suivent les cours. Ils enseignent ensuite à d’autres, et le savoir se transmet de génération en génération. Selon RFI, les Vezo de Belo ont ainsi « deux métiers » : ils sont pêcheurs, et aussi charpentiers de marine.
Ces bateaux portent un nom malgache : botry ou botsy selon les sources. Ce sont des goélettes à deux mâts, de 12 à 20 mètres de long, à faible tirant d’eau. Selon Manja Tours, leur forme mêle l’héritage de la goélette bretonne à celui des boutres de l’océan Indien.
Tout à la main, au rythme de la pêche
La construction d’une goélette de Belo se fait entièrement à la main, avec des outils simples : hache, marteau, scie, herminette, rabot. Avant de commencer, le charpentier fixe la taille du bateau, qui détermine la quantité de bois à réunir.
- Le bois vient des forêts de la région. Les sources citent notamment le nato et le katrafay, des bois durs.
- La charpente : on pose la quille et l’étrave, puis des dizaines de membrures, comme des côtes sur une colonne vertébrale.
- Le calfatage : les joints entre les planches sont rendus étanches avec de l’étoupe et de la résine. Le goudron a ensuite remplacé la résine.
Un bateau peut demander une à plusieurs années de travail. Le chantier avance au rythme des revenus de la pêche, qui servent à acheter le bois. RFI rapporte l’exemple d’une goélette de 25 tonnes qui a demandé sept ans de travail.
La mise à l’eau, une fête pour tout le village
Quand le bateau est terminé, sa mise à l’eau n’est pas un simple geste technique. C’est une grande fête collective, accompagnée de rites destinés à protéger le bateau et ceux qui naviguent dessus. Tout le village se rassemble autour du bateau.
Le nom et le déroulement exact de cette cérémonie varient selon les récits. Nous attendons le témoignage d’habitants de Belo pour la décrire fidèlement.
Les camions de la mer
Une fois à l’eau, les goélettes servent au cabotage, c’est-à-dire au transport de port en port le long de la côte ouest. Elles transportent des passagers et des marchandises, comme le sel, le riz ou le ciment. Elles ravitaillent des villages que la route atteint mal, surtout en saison des pluies, quand les pistes deviennent impraticables.
Selon RFI, les capitaines naviguent à vue, sans électronique, grâce à leur connaissance de la côte, des fonds, du vent et des étoiles. Le vent étant gratuit, ce transport reste bon marché.
Un savoir-faire menacé
Les deux sources principales s’accordent sur une même inquiétude : le bois se fait rare. La déforestation réduit les forêts, et une partie des forêts voisines est désormais protégée, notamment au sein du parc national de Kirindy Mitea. Les charpentiers ont donc de plus en plus de mal à trouver les essences dont ils ont besoin. C’est une vraie tension entre la préservation de la forêt et la survie d’un patrimoine vivant.
Pour garder la mémoire de ce savoir-faire, une association locale porte un projet de musée des fondy, nom donné aux maîtres charpentiers (Journal des Archipels, novembre 2025).
Visiter les chantiers avec respect
Les chantiers de Belo ne sont pas un musée à ciel ouvert : ce sont des lieux de travail. Si vous les visitez :
- demandez toujours avant de photographier quelqu’un ;
- restez à distance des outils et des pièces de bois en mouvement ;
- privilégiez une visite avec un guide du village, qui pourra vous expliquer ce que vous voyez.
Vous êtes charpentier à Belo, ou descendant d’une famille de « goélettiers » ? Votre récit a sa place ici. Les contributions ouvriront bientôt. Rien ne sera publié sans votre accord.
